Le wali de BAM rassure, mais appelle à la prudence
Publié le : 17.09.2008 | 18h15
La mise en faillite de la 4e banque d'affaires américaine, Lehman Brothers, qui compte quelque 25000 salariés continue de susciter une très grande vague d'inquiétude partout dans le monde.
Notamment en Asie et en Europe où l'on craint d'assister à l'effet domino. Autrement dit, au déclenchement automatique des défaillances en chaîne, en raison de la globalisation financière.
L'affolement des marchés boursiers, qui ont pour la plupart ouvert hier avec un léger mieux en comparaison au plongeon de mardi, la brutalité de la crise qui frappe de plein fouet les actionnaires, et surtout la réplique de la Réserve fédérale américaine (FED), qui a refusé de sauver Lehman Brothers, un des symboles du capitalisme américain, sont autant d'indices démontrant qu'un nouvel ordre financier est en train d'émerger.
Et cet ordre n'entraîne pas moins, irrésistiblement, son lot de répercussions sur les économies et les marchés. Si la faillite de ce prestigieux établissement n'est que la sanction d'une banque qui comme d'autres ont pris des risques inconsidérés, tous les milieux financiers craignent l'effet domino sur le système financier.
Faut-il craindre la contagion ou «l'effet papillon» au Maroc? C'est la question posée à Abdelatif Jouahri, gouverneur de Banque Al Maghreb et régulateur indépendant du secteur bancaire national. Sans céder au réflexe de la panique ou la gesticulation, Abdellatif Jouahri estime, catégorique et sans concession : «Nous ne sommes pas touchés par la crise internationale, car nous n'avons pas de subprimes dans nos banques. Nous ne sommes pas concernés par la crise immobilière et nos banques ne portent pas ce genre d'actifs qui a causé la perte de la prestigieuse banque américaine». Ceci étant dit, il continue sur le même ton péremptoire : «Notre secteur bancaire n'a pas été partie prenante au rachat de ces créances hypothécaires et titrisées par les banques américaines». Et pour mieux dédramatiser les choses, il ajoute encore : «Nous sommes dans une phase de surchauffe des crédits aux particuliers et aux entreprises, et nos banques sont plus dans l'activité de banque de détail. Ce qui les protège tout en leur assurant une rentabilité».
Abdellatif Jouahri n'en reste pas là, il estime que « nous ne sommes pas restés les bras croisés. Nous avons mis en place un code d'éthique et de déontologie, des règles prudentielles et des audits internes qui limitent les risques ». Mieux encore et pour tirer les enseignements de ce qui s'est passé, le « gardien du temple » a fait faire un audit international au titre de la Banque mondiale sur toutes les procédures de gestion des réserves de change de la Banque centrale.
Il en conclut de manière catégorique : « Le diagnostic portant sur les procédures et les règles s'inscrit dans la conformité aux normes de sécurité internationales ». « Nous avons, ajoute-il encore, adopté en outre une méthodologie de maîtrise et d'analyse des risques opérationnels, fondée sur le principe d'autoévaluation par les entités de leur niveau d'exposition au risque. »
La réactivité à une crise appelle à se remettre en cause en permanence.
Des crises similaires nous incitent à nous interroger et à savoir si nous sommes dans les normes qui protègent le système ou bien s'il va falloir rectifier quelques détails. Cela ne veut pas dire pour autant que nous sommes irrévocablement immunisés dans nos projections. Cependant, une telle vigilance est vécue au point que le gouverneur de Bank al-Maghrib, qui devait se rendre aux Lieux Saints cette semaine pour y effectuer al-Oumra, a préféré reporter son pèlerinage annuel pour retrouver son rôle de gardien et de vigile, ne rien laisser au hasard, enfin surveiller de près les évolutions et les conséquences internationales de la crise financière. A côté du devoir de vigilance, un mot d'ordre a été lancé, celui de la gouvernance!
Le thème qui lui tient à cœur est mis au goût du jour, à plus forte raison dans ces moments de tourmente internationale. Mais c'est toujours pour mieux prévenir. « Nous avons sorti en 2007, précise-t-il, toute une batterie de circulaires qui souscrivent ce que veut dire une bonne gouvernance. Nous avons soulevé les problèmes de contrôle interne, d'audit, de plan de continuité, de suivi et de cartographie des risques. Nous avons veillé à ce que ces règles de bonne gouvernance soient applicables à toutes les banques, qu'elles soient publiques ou privées. Lorsqu'on veille sur le respect de ces règles de bonne gouvernance, on commence par nous-mêmes. Au sein de Bank Al-Maghrib, nous avons une cartographie des risques et un système d'audit conforme aux normes internationales. »
A la veille du conseil d'administration de Bank Al Maghreb, le rapport de politique monétaire qui décline l'analyse économique et financière, l'économie réelle sera disséquée, avec les effets sur le moyen terme de l'inflation qui retient toute l'attention du gouverneur de Bank Al Maghreb. « Pour le moment, déclare-t-il, c'est l'inflation qui reste préoccupante, car malgré les contrôles, l'inflation importée, l'inflation par les coûts se répercute, elle crée un cercle vicieux avec l'augmentation des salaires ».
Concernant la question d'éventuelles corrections de bourse, il affirme qu'il ne « faut pas dramatiser, mais au contraire communiquer avec intelligence ». Et de souligner : « Pour éviter toute dérive ou panique boursière, il appartient en effet au gouvernement, aux régulateurs, au Directoire de la Bourse, aux Associations de sociétés de bourse de monter au créneau pour communiquer et informer des tenants et aboutissants des évolutions de la bourse et du marché ». L'information est un élément capital. Et si le Conseil de gouvernement qui se tient ce jeudi commençait dès aujourd'hui ?
par farda Moha:le matin