Le
colonel Ely Ould Mohammed Vall, directeur de la sûreté nationale (police), s'est
emparé mercredi du pouvoir en Mauritanie à la faveur d'un coup d'Etat perpétré
en l'absence du président Maaouyia Ould Taya, à Ryad pour les obsèques du roi
Fahd.
Considéré jusqu'à présent comme un proche du président Taya, le
colonel Ely Ould Mohammed Vall, âgé d'une cinquantaine d'années, a pris la tête
d'un "Conseil militaire pour la justice et la démocratie" fort de 17
membres.
Ce coup d'Etat militaire a été unanimement condamné par la
communauté internationale.
Il était toujours impossible dans la soirée de
déterminer s'il avait fait des victimes. Le calme régnait dans les rues de
Nouakchott, où le dispositif mis en place par les putschistes aux points
stratégiques de la ville était maintenu, a constaté un journaliste de l'AFP.
Arbi Ould Sidi Ali, chef d'état-major des armées, ont été arrêtés par les
putschistes, a indiqué à l'AFP une source militaire proche des auteurs du coup
d'Etat.
Dans un communiqué retransmis en milieu d'après-midi par l'Agence mauritanienne
d'information (AMI) et signé du Conseil militaire pour la justice et la
démocratie, les putschistes ont affirmé que "les Forces armées et de sécurité
ont unanimement décidé de mettre fin aux pratiques totalitaires du régime dont
notre peuple a tant souffert ces dernières années".
"Ces pratiques ont engendré une dérive dangereuse pour l'avenir du pays. A cet
effet, les forces armées et de sécurité ont décidé la mise en place d'un Conseil
militaire pour la justice et la démocratie", poursuit le texte.
Les putschistes s'engagent également à "créer les conditions favorables d'un jeu
démocratique ouvert et transparent sur lequel la société civile et les acteurs
politiques auront à se prononcer librement".
Peu de temps après, des centaines de Mauritaniens sont spontanément descendus
dans les rues de la capitale pour manifester leur joie, et scander des slogans
favorables aux nouveaux dirigeants du pays, a constaté un journaliste de l'AFP.
"Nous sommes opprimés depuis 20 ans", s'est exclamé Moustapha, un jeune
étudiant, alors qu'Amadou K. déclarait: "La vie est devenue chère. Seuls les
corrompus et les voleurs pouvaient vivre dans ce pays".
Lui-même arrivé au pouvoir par les armes le 12 décembre 1984, le président Ould
Taya a atterri à 13H20 (12H20 GMT) à Niamey en provenance de Ryad. Il ne s'était
toujours pas exprimé mercredi soir. Les partis politiques de la mouvance
présidentielle et de l'opposition sont également restés silencieux.
Ce putsch a été vivement condamné par l'Union africaine (UA), tout comme la
Commission européenne et la présidence britannique de l'Union européenne. Le
secrétaire général des Nations unies Kofi Annan a estimé que "les différents de
nature politique devraient être réglés de manière pacifique à travers le
processus démocratique".
A Washington, le département d'Etat a appelé "à un retour à l'ordre pacifique
sous le gouvernement établi du Président (Ould) Taya". Paris a appelé au
"respect de la démocratie et du cadre institutionnel légal".
Le coup d'Etat a débuté mercredi à 05H00 (locales et GMT) avec la prise de
contrôle par des militaires mauritaniens du siège de l'état-major ainsi que de
la radio et de la télévision nationales qui ont totalement cessé d'émettre.
Des véhicules équipés d'armes lourdes et des batteries anti-aériennes ont été
positionnés en plusieurs points stratégiques de la capitale par les putschistes.
Ils ont également bloqué l'accès à la présidence de la République, autour de
laquelle plusieurs pick-ups équipés de mitrailleuses étaient disposés, et aux
ministères. L'entrée sud de la ville était aussi contrôlée par la garde
présidentielle.
Cinq tirs d'armes lourdes ont retenti à 10H15 près du centre de la capitale, et
plusieurs rafales de mitrailleuse ont été entendues à 13H00 aux abords de la
présidence.
Progressivement, les bâtiments administratifs se sont vidés, les commerces ont
fermé, et l'activité s'est réduite dans les rues de la capitale.
Quant à l'aéroport de Nouakchott, il a été fermé au trafic civil à partir de
10H00 GMT, selon des sources militaires et diplomatiques.
La République islamique de Mauritanie, pays de plus d'un million de km2 et
peuplé de quelque 2,8 millions d'habitants, a été confrontée, selon les
autorités, à trois tentatives de coup d'Etat en quinze mois, en juin 2003, en
août et septembre 2004.
En juin 2003, la tentative de coup d'Etat avait été suivie de nombreux
limogeages et changements au sein du pouvoir.