Le dédoublement de personnalité n'est qu'un symptôme de la maladie
Publié le : 25.11.2008 | 14h35
Il serait bon de savoir que 42% de la population marocaine, soit 12,6 millions de Marocains, souffrent de maladies mentales (même s'il s'agit de phobies! Source: ministère de la Santé).
Parmi ces troubles, il y a lieu de citer l'un des plus connu à savoir la schizophrénie. (Ou ce que les médecins appellent plutôt les schizophrénies)
Cette maladie mentale chronique touche près de 1% de la population mondiale, sans variations notables d'un pays, d'une culture ou d'une époque à l'autre. L'hérédité est un facteur qui accroît le risque à mesure que le bagage génétique augmente. Ainsi, l'enfant naissant voit son risque augmenter.
Autrement dit, c'est une psychose qui se manifeste par la désintégration de la personnalité et par la perte du contact avec la réalité. Ses signes les plus flagrants sont l'hallucination et le délire.
Ladite maladie commence approximativement de la post-puberté à la trentaine, elle peut apparaitre sous plusieurs formes et s'accompagne d'un fléchissement de l'élan vital et de l'activité mentale (perte d'intérêt). Le trouble fondamental réside notamment dans la dissociation mentale et la discordance. Quant à l'inhibition de l'activité mentale, elle favorise un repli sur soi, ou autisme, avec apparition de fantasmes délirants ou hallucinatoires.
Dans beaucoup de cas, la schizophrénie est précédée par des "états schizoïdes" qui permettent encore à l'individu de mener une vie quasi normale en apparence et qui ne constituent qu'une accentuation de ses particularités caractérielles. Si l'on devait esquisser le portrait du schizophrène on pourrait dire qu'il apparaît songeur, renfermé et sujet à des impulsions irraisonnées.
Ces signes sont souvent interprétés par les parents comme des traits de mauvais caractère. Généralement, les médecins retournent à l'adolescence pour comprendre le repli du schizophrène, qui a souvent comme symptôme, le décrochage sur le plan scolaire, car le schizophrène avoue facilement avoir de plus en plus de difficulté à se concentrer, à maintenir son attention. Ces troubles résultent de l'incapacité progressive du patient à utiliser ses facultés intellectuelles. Du côté de l'entourage, les membres de la famille du schizophrène essaient souvent de minimiser le caractère pathologique de ses comportements, et fournissent des explications. Citons parmi ces exégèses la paresse, une éventuelle crise de croissance ou la considération de l'échec comme la cause et non comme la conséquence de la perte du rendement intellectuel. Pour les troubles affectifs, les clichés gagnent du terrain car le côté sentimental est trompeur chez le schizophrène surtout s'il est adolescent. De plus, même à un âge avancé le patient endure encore les coups de l'âge sensible.
Après cela, le caractère du malade change : Le jeune devient morose, froid, indifférent et il n'a plus d'élans affectifs.
Aussi, s'isole-t-il de plus en plus et se cantonne à abandonner ses projets. Par-dessus le marché, il fuit la compagnie de ses camarades et se montre irascible, voire hostile lorsqu'il se trouve au sein de sa famille.
Décidément, ses bizarreries deviennent plus nombreuses. Il sourit sans raison ou esquisse des mouvements dont on ne perçoit pas la cause. Sa sexualité est perturbée, "mal intégrée".
Il s'attache alors à une idée, un concept religieux, un idéal politique, un système philosophique autour duquel il tente de se "rassembler". Mais il apporte dans cette foi, réduite en fait aux proportions d'une habitude, un embrouillement d'esprit ou un rationalisme systématique jusqu'à l'absurde qui révèle la profondeur du trouble mental. Dans d'autres cas, le début est brutal. Un tiers des schizophrènes ne passent pas par les phases préliminaires et leur prédisposition mise à part, ils s'installent rapidement dans leur délire. Dès lors, ces malades sont plongés dans une indifférence absolue. Ils éprouvent l'impression d'être dédoublés. Donc, contrairement aux idées reçues, la schizophrénie n'est pas uniquement associée au dédoublement de personnalité. Il s'agit plutôt de la manifestation la plus flagrante et la plus dure chez le malade. Toutefois, à certains moments le patient peut avoir conscience de sa maladie, ce qui le rend plus angoissé. L'évolution de cet épisode est variable : dans 15 à 30% des cas il s'agit de la première manifestation d'une schizophrénie.
D'autres patients (25 à 40%) retrouvent leur équilibre et ne récidivent jamais. D'autres enfin connaîtront la répétition de ces épisodes aigus tout en récupérant à chaque fois un état mental normal entre les crises. Cependant, il existe probablement un facteur biologique qui reste inconnu. Deux voies de recherche sont suivies actuellement : la première étudie les neurotransmetteurs et les récepteurs, l'autre étudie le développement des structures cérébrales. Quoi qu'il en soit le facteur génétique reste le plus logique.
Finalement, il est souvent nécessaire d'hospitaliser ces patients, en particulier au début de la maladie. Certains médicaments neuroleptiques peuvent atténuer les symptômes, ainsi qu'une psychothérapie et un suivi dans une structure de soins. Professeur en psychiatrie, Nadia Kadiri renchérit ce point : «Le traitement est très bien codifié.
Il est d'abord et avant tout médical. Son but est de rétablir les perturbations qui sont constantes dans le cerveau. Ce traitement médical, impératif n'est en aucun cas suffisant. Une prise en charge à type de soutien ou plus spécifique psychothérapique est nécessaire et un travail continu d'information, qui permettra l'insertion du patient, est essentiel», conclut-elle.
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Tout dans le cerveau
Les lobes frontaux du cerveau forment le centre de commande des dextérités sociales et de l'organisation chez l'humain. On a remarqué chez les personnes schizophrènes un fonctionnement retardé de cette région du cerveau. Chez la personne atteinte de cette pathologie, on observe l'augmentation d'un neurotransmetteur, la dopamine.
Chez les consommateurs de drogues hallucinogènes, par exemple, il y a production d'indices psychotiques. Le stress engendre un contexte intensif, qui, chez les schizophrènes, favorisent des rechutes. Les malades évoluent donc mieux dans un milieu faiblement émotif, peu stimulant, sans trop de demandes de performance. À l'opposé, l'hostilité, les relations humaines intenses et intimes, les pressions de l'entourage, les tensions au travail, les changements de routine sont des situations de stress qui peuvent provoquer des rechutes de schizophrénie. Les neuroleptiques classiques bloquent la transmission de la dopamine dans le cerveau. Ces médicaments antipsychotiques parviennent à abréger l'évolution des hallucinations et du délire, lors des phases aiguës.
En rémission, on poursuit pourtant ce traitement dans le but de prévenir des rechutes. On a observé que 80 % des schizophrènes qui ne bénéficient pas de ce traitement préventif font une rechute en moins d'un an.
Par Houda BELABD | LE MATIN