La sensibilisation doit se professionnaliser !
Limiter les dangers des drogues est une responsabilité collective
Publié le : 16.12.2008 | 14h12
S'adonner à la drogue, ne serait-ce qu'au tabagisme, c'est mettre en péril sa vie et celle des autres.
Face à l'insouciance et au laxisme collectifs de notre société, des campagnes de sensibilisations continuent de rater leurs cibles. «Pour éradiquer les drogues, y compris la toxicomanie, il faut opter pour des messages en Darija.
L'arabe classique digne des poèmes de la gentilité et le français de Molière n'ont rien fait», lance d'emblée Driss Moussaoui, psychiatre présent lors de la 7e journée de sensibilisation en matière de réduction des risques des drogues.
Décidément, plus qu'une nécessité, limiter les dangers des drogues est une responsabilité collective. Toutefois, la langue n'est pas le seul obstacle qui affaiblit les efforts de sensibilisation sur les périls des drogues. Le choix du support n'est pas moins décisif. En effet, bon nombre d'intervenants ont fait remarquer que nos médias passent souvent à côté de la cible escomptée. «Les médias audiovisuels sont les plus adéquats et les plus crédibles pour faire passer de tels messages», dit la psychiatre Nadia Kadiri.
De même, l'adage «prévenir vaut mieux que guérir» était au cœur de cette journée. En effet, la prévention primaire est d'or. «La toxicomanie a toujours existé et existera toujours. Ça serait de la chimère que de vouloir l'éradiquer en un laps de temps. Ses adeptes détruisent leur santé pour, soi-disant, diminuer leur souffrance. Or il s'agit plutôt de vulnérabilité, parce qu'il existe aussi des personnes qui ne prendront jamais de toxiques quoiqu'il arrive», explique le professeur Moussaoui. En outre, parmi les accros aux addictions existe une catégorie de personnes qui a choisi ce chemin tortueux pour adhérer à une jeunesse rebelle. Ceux-ci (lycéens dans la majorité des cas) sont encouragés par leurs amis et font fi des discours moralisateurs sur les dangers de la drogue.
D'un autre côté, il n'y a pas que les personnes en situation difficile qui se détruisent avec des toxiques. D'autres, issues de milieux aisés, sont prêtes à dépenser une petite fortune pour un gramme de Cocaïne (1.000 DH/gr).
Quant à la drogue consommée dans les établissements scolaires, elle demeure à l'ordre du jour, vu que les campagnes de sensibilisation ont encore du pain sur la planche. En effet, ce phénomène a de quoi inquiéter les responsables du système éducatif. Curieusement, le haschich circule presque librement dans les milieux scolaires. Pourtant, quelques stratégies suffisent pour cibler ces personnes dites vulnérables.
Incontestablement, comme le souligne M. Moussaoui, la clarté est le mot d'ordre pour aboutir à de bons résultats. «Il est impératif de clarifier les messages de sensibilisation et d'appeler un chat un chat», rappelle le spécialiste. Et d'ajouter : «Aussi, faut-il privilégier les spécialistes dans les spots publicitaires. Ceux-ci détiennent les explications les plus véridiques».
Somme toute, la balle n'est pas exclusivement dans le camp des médias. «Pour aller plus loin sur la voie de l'éradication des drogues, nous avons besoin de l'aide de tous, car tout citoyen a sa responsabilité directement ou indirectement engagée face au danger de la toxicomanie», conclut M. Moussaoui.
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La drogue en chiffre
En France, 8% d'étudiants et lycéens âgés entre 16 et 20 ans sont usagers réguliers de drogue en 1986. au Pakistan, il y a 2,2 millions d'héroïnomanes (chiffres gouvernementaux). Le Maroc n'a pas échappé à cette tendance mondiale bien que la situation actuelle reste moins dramatique que celle d'autres pays, industrialisés ou en voie de développement.
Néanmoins, depuis une quinzaine d'années, l'usage et l'abus des drogues ont connu une recrudescence. Une étude à l'échelle nationale, réalisée récemment sous l'égide du ministère de la Santé en milieu scolaire et universitaire a montré que la fréquence de consommation de tabac à un moment donné de la vie est de 21%, celle du cannabis (kif, haschich) est de 8,7%. En milieu hospitalier psychiatrique, 10% des hospitalisations sont directement liées aux conséquences de la drogue. En milieu universitaire, 20% des étudiants ont été en contact avec la drogue, dont 3 à 5% de façon régulière. Par ailleurs, si les toxicomanes se recrutent surtout dans le sexe masculin, la tendance actuelle est à l'augmentation dans le sexe féminin. L'usage de l'héroïne et de la cocaïne est de plus en plus rencontré dans les grandes villes, en particulier dans le nord du pays.
Par Houda BELABD | LE MATIN