
Au moins 200.000 manifestants hostiles au retrait de la bande de Gaza se sont massés jeudi soir à Tel-Aviv, et les chefs du camp ultra nationaliste en Israël leur ont donné pour consigne de se mobiliser encore pour empêcher l'évacuation des colonies de Gaza à partir du 17 août.
ECLAIRAGE :
Les incertitudes de l'après-retrait
Ils étaient 200.000 auréolés de la couleur orange à exprimer jeudi soir à Tel Aviv leur hostilité au plan de retrait de la bande de Gaza. Encadrés par des leaders ultranationalistes, ils sont venus de tous le pays, certains même de l’étranger.
Les enjeux du plan de désengagement sont énormes. Cette étape historique de la crise proche-orientale prévoit en effet le démantèlement des 21 colonies de la bande de Gaza et de quatre autres en Cisjordanie.
Le retrait promet d’être douloureux. Outre les difficultés liées aux réticences des colons, se pose le problème de l’après désengagement. En effet, une fois le retrait terminé, le vide engendré par cette nouvelle donne géographique ne sera pas comblé sans certaines frictions politiques, à l’intérieurs d’Israël, bien sûr, mais aussi du coté palestinien.
En effet, , certains font remarquer qu'à l’approche des législatives, l’Autorité palestinienne et le Hamas s’approprient, chacun de leur coté, la victoire sur « des Israéliens acculés à reculer ». Les uns faisant prévaloir la solution négociée, les autres le fruit de la résistance armée.
« Abbas a oublié que les roquettes de la résistance sont à l’origine du départ de l’occupant », a notamment affirmé cette semaine Sai Abou Zouhri, porte-parole du mouvement Hamas alors que le président Mahmoud Abbas, agacé par les tirs de roquettes lancés depuis Gaza sur les colonies, a appelé à faire taire les armes durant le processus.
Le retrait aura, à coup sûr, une incidence sur les dissensions à l'intérieur des Territoires occupés. Mais la grande incertitude qu’introduit ce retrait concerne surtout l’impact du désengagement sur le processus de paix.
INCIDENCES SUR LE PROCESSUS DE PAIX

Photo: manifestants israéliens le 19 juillet près du village de Maymon
Pour de nombreux observateurs, le retrait bien qu’historique n'entraînera pas, dans le court terme, une relance du processus de paix au Proche-Orient. Certains prévoient même une période de crise encore plus grave.
« Je ne pense pas qu'il y aura des négociations de paix dans un avenir proche », prédit l'expert israélien Mark Heller, cité par Reuters. « Dans le meilleur des cas, il pourrait y avoir une tentative vaguement cohérente de limiter les dégâts et de réduire l'instabilité et ce seraient des mesures essentiellement destinées à bâtir une relation de confiance. »
Beaucoup d’analystes estiment en outre que ce plan risque de nuire davantage à la reprise du dialogue expliquant que la politique d’Ariel Sharon ne s’inscrit pas dans une logique sincère de réconciliation mais sous-tend des visées stratégiques.
« La création de colonies dans cette bande a été un échec » commente le journaliste et écrivain israélien Amnon Kapeliouk dans les pages du Monde diplomatique « quitter Gaza n’est pas vraiment un sacrifice pour Israël. Plutôt un soulagement. ».
Amnon Kapeliouk souligne que les manifestations d’opposition au plan permettent au gouvernement d’Ariel Sharon de « montrer que le retrait de Gaza se révèle déjà très difficile et que l’on ne pourra pas en envisager un autre, en Cisjordanie, avant longtemps. » En somme, il s'agit de « quitter Gaza pour mieux coloniser la Cisjordanie. »
Israël poursuit d’ailleurs en Cisjordanie la construction de son mur, dont le tracé déborde à certains endroits sur le territoire palestinien afin d'englober certaines implantations juives.
« En, fait, Gaza est en quelque sorte un détail », note Jonathan Lindley, du Royal United Services Institute de Londres. « Cela change très peu de choses dans le cadre plus vaste du conflit. »
REPERE : Gaza, territoire palestinien surpeuplé, tronçonné par des colonies
REPERES : 17 dates-clefs du conflit israélo-palestinien