La question est décidément omniprésente au devant de la scène Publié le : 19.12.2008 | 16h08 Au Maroc, à l'instar de tous les pays, l'énergie constitue le moteur principal du développement économique et social. Or, ce secteur subit constamment de grandes et récurrentes mutations. Ce qui pose de nombreuses contraintes aussi bien sur la croissance économique que sur la compétitivité du Maroc.
Cette grande instabilité gêne également une gestion prévisionnelle du secteur. D'ailleurs, parmi les raisons invoquées par le gouvernement pour la non-répercussion à la baisse au niveau national du recul des prix du pétrole sur le marché international est qu'il est difficile de prévoir la tendance du marché. C'est ce qu'illustre la prévision du projet de loi de Finances pour l'année prochaine qui table sur un baril à 100 dollars alors qu'il est actuellement autour de 40 dollars. Mais quoi qu'il en soit, on ne peut se passer d'une stratégie à moyen voire à long terme. Ainsi, et afin de desserrer ces contraintes qui pèsent aussi bien sur la croissance économique que sur la compétitivité du Maroc, les pouvoirs publics comptent sur le Plan national d'actions prioritaires (PNAP) pour le secteur énergétique qu'ils on lancé pour répondre à la forte demande énergétique et en particulier électrique, à diversifier et à sécuriser les sources énergétiques ( reconversion au charbon et renforcement du gaz naturel, développement des énergies renouvelables, encouragement de l'exploration pétrolière…) et à accroître l'efficacité énergétique dans le secteur. Ce plan vise le renforcement de la capacité installée à travers la réalisation de nouvelles unités de production, l'exécution d'un programme de maintenance des unités existantes et le renforcement de l'infrastructure de transport et de distribution et de l'interconnexion avec les pays voisins (Espagne notamment). Pour ce faire, on prévoit de mobiliser pour la période 2008-2012 des investissements dans le secteur de l'ordre de 67 milliards de dirhams y compris les investissements des concessionnaires privés (25 milliards de dirhams) De même et afin de réaliser 20% d'économie à l'horizon 2020, le plan d'actions prévoit un ensemble de mesures portant notamment sur la réforme du code du bâtiment pour intégrer des obligations d'efficacité électrique, l'encouragement de l'audit énergétique des installations industrielles et de la cogénération proactive dans le secteur industriel. Autre mesure apportée par ce plan est l'adoption à titre expérimental du GMT+1, la généralisation des Lampes Basse Consommation, la gestion déléguée de l'éclairage public (près de 30% d'économie), la généralisation des chauffe-eau solaires, la mise en place d'une tarification incitative et sociale et d'un tarif optionnel super pointe pour les industriels THT–HT. Cette stratégie s'appuie également sur l'intégration d'autres sources dans le mix énergétique national. Il s'agit en premier lieu du renforcement de la contribution du charbon et du gaz naturel. Pour ce denier, il devrait voir sa part dans le bouquet énergétique se renforcer à plus de 23% à l'horizon 2020 à travers l'introduction, dans un premier temps, de cette source d'énergie au niveau des secteurs de l'électricité, de l'industrie et du raffinage de pétrole pour un besoin estimé à plus de 10 milliards de m3 à l'horizon 2020. De même, le nouveau plan énergétique vise à renforcer la contribution des énergies renouvelables pour atteindre 10% du bilan énergétique et 20% de la demande électrique à l'horizon 2012. En effet et avec plus de 3.500 km de côtes, le Maroc possède un important gisement éolien dont le potentiel immédiatement exploitable est estimé à 6.000 mégawatts. Il s'agit également d'optimiser le potentiel national en énergie hydraulique (plus de 200 sites exploitables) et à exploiter le gisement solaire estimé à 5 KWh/m²/j. L'initiative Chourouk de l'ONE ciblant plus de 500 MW de solaire à l'horizon 2015, l'utilisation des chauffes eaux solaires dans le résidentiel et le solaire photovoltaïque pour l'électrification rurale (plus de 46.000 foyers), s'inscrivent dans le cadre du renforcement du poids de l'énergie solaire dans le mix énergétique national. En outre, le développement des énergies renouvelables (ER) devrait tirer profit de la promulgation prochainement de la loi sur les ER, de la réforme institutionnelle et organisationnelle du CDER et de l'appui financier du nouveau fonds de développement énergétique qui sera créé dans le cadre de la Loi de Finances 2009 et doté d'un milliard de dollars. ------------------------------------------------ Accompagnement de la libéralisation Par ailleurs, les pouvoirs publics ont élaboré un avant-projet de loi relative à la libéralisation et à la modernisation du secteur électrique qui consiste à créer deux marchés : un marché libre destiné aux industriels alimentés en très haute, haute et moyenne tension et un marché réglementé pour la basse tension. Aussi, est-il prévu d'accompagner cette libéralisation par la mise en place d'une agence de régulation de l'électricité qui aura pour mission la définition et la fixation des tarifs, la détermination des niveaux de qualité de service, la supervision du marché et la validation de la planification des infrastructures de transport et des moyens de production. Parmi les autres leviers de développement sur lesquels s'appuiera cette stratégie est le partenariat public-privé. En effet, le contexte de croissance forte de la demande énergétique exige en permanence la mise en service de nouveaux moyens de production, soit 500 à 600 mégawatts par an et la mobilisation de plus de 73 milliards de dirhams d'investissements sur la période 2008-2012. Ainsi, la capacité à mobiliser les financements dans un cadre de partenariat public privé (PPP) devient une priorité des pouvoirs publics qui s'attèleront à la mise en place d'un cadre réglementaire, tarifaire et organisationnel attractif et offrant de la visibilité aux investisseurs. Il paraît primordial de renforcer l'expertise des acteurs publics dans la conception de modèles de PPP et de montage juridico-financier. Par Lahcen Oudoud | LE MATIN