makhra, russie - sabre à la ceinture et grand manteau de feutre sur les épaules, ioulia tkatchenko patrouille dans la forêt, suivie dune dizaine dhommes en uniforme rouge et noir. une exception en russie: elle est la seule femme ataman, cest-à-dire chef dune troupe de cosaques.
une anomalie au sein dune population connue pour son a
ttachement farouche à la tradition et dominée depuis toujours par des figures masculines? pas tant que ça, selon elle.
aujourdhui, les hommes sont un peu faibles, ils sont désemparés (...), les femmes sont plus fortes. peut-être pas physiquement, mais moralement, cest sûr, nous sommes plus fortes, assure ioulia tkatchenko, petite femme de 66 ans, aux yeux gris.
entourée de soldats qui la dominent tous dau moins une tête, ioulia donne ses ordres, assigne à chaque équipe un territoire à surveiller. dans cette région dalexandrov, à une centaine de kilomètres de moscou, les cosaques sont investis dune mission de maintien de lordre. ils patrouillent pendant les fêtes, aident la police et les pompiers, le tout de manière bénévole.
nous voulons que notre russie soit forte et cest le rôle des cosaques daider à relever le pays, assène ioulia tkatchenko.
les cosaques sont, à lorigine, des aventuriers épris de liberté au service du tsar. persécutés sous lurss, ils renaissent depuis la chute de lunion soviétique en 1991 et sont aujourdhui 740.000 enregistrés, selon le kremlin.
il y a une dizaine dannées, ioulia tkatchenko décide de faire revivre la communauté dans la région dalexandrov. elle mobilise les jeunes et va à moscou pour senregistrer auprès de la communauté cosaque. cest à cela quelle doit son élection à la tête dune troupe de 320 cosaques.
ioulia pasalkovna est notre mère. elle nous dit de faire ceci ou cela et nous obéissons avec plaisir. ce nest pas comme un chef qui ordonne, cest plus comme une mère qui demande, sourit vladimir stoukatchov, cosaque de 50 ans, avant dajouter : ioulia, cest notre jeanne darc russe.
mais lélection dune femme à la tête de la troupe ne plaît pas à tout le monde. les cosaques sont traditionalistes et leurs valeurs sont leglise, la famille et la patrie.
ce nest pas bien quune femme soit ataman. il y a des règles, il ne faut pas violer les traditions, estime valentin goussev, cosaque et directeur dun garage à alexandrov.
ioulia tkatchenko se dit parfois menacée par quelques radicaux. je nai pas peur, assure-t-elle, je suis courageuse. on ne meurt quune fois, voilà pourquoi je nai pas peur de la mort. je me battrai jusquau bout pour assurer ma mission. ioulia se veut digne de ses origines. la légende familiale dit quelle descendrait de yermak, lun des plus célèbres chefs cosaques et conquérant de la sibérie.
après le service, ioulia tkatchenko rentre chez elle, retire son uniforme, met une robe dintérieur et un peu de rouge sur ses lèvres. dehors, je suis ataman, jai mon uniforme et je vais me battre. mais lorsque je rentre du combat à la maison, je suis une femme, je vais à létable, je trais ma vache, je prépare à manger et je suis là pour ma famille, explique-t-elle tout en préparant des pâtes au foie de veau pour son fils, son mari et tous les cosaques de passage, qui viennent régulièrement manger chez elle.
le 8 mars, cest la journée de la femme, un jour férié et célébré dans toute la russie. traditionnellement, ce jour-là, les femmes se reposent. ioulia, elle, patrouille dans les rues dalexandrov: pourquoi se reposer? jaurai tout le temps de me reposer après ma mort!.