Les villes marocaines manquent cruellement de latrines publiques
Publié le : 09.09.2008 | 13h39
Beaucoup d'encre a coulé ces dernières années sur la question des toilettes publiques dans nos villes.
La presse ne cesse de dénoncer l'inertie des responsables et les militants associatifs multiplient les appels pour la création de toilettes publiques. Mais la situation reste toujours inchangée. Les projets de construction de latrines annoncés depuis des années ‘'demeurent en sursis''. Pis encore, les quelques toilettes publiques opérationnelles, construites pour la plupart pendant le protectorat, ferment l'une après l'autre. L'absence des cabinets d'aisances compromet, donc, considérablement l'image des villes marocaines. De même, cela porte préjudice à la dignité du citoyen. Des jeunes et moins jeunes sont obligés de faire leurs besoins dans la rue. Résultat: des odeurs nauséabondes se dégagent de beaucoup de rues et même de grandes artères. La situation est encore plus grave dans les milieux périurbains et ruraux où les déchets peuvent polluer l'eau utilisée par la suite pour irriguer des terres agricoles.
Quand les toilettes ou les latrines font défaut, les besoins naturels quotidiens sont satisfaits parfois en plein air, dans des parcs ou à proximité des maisons. Des agents pathogènes issus des matières fécales se propagent ainsi directement dans les cours d'eau, dans les points d'eau à ciel ouvert ainsi que dans l'entourage environnant. Ces agents constituent une vraie menace. «Dernièrement, nous avons constaté que des salades servis par un grand restaurant à Casablanca ont provoqué des intoxications. L'enquête menée nous a permis de remontre à l'origine de ce problème. En effet, le restaurateur s'approvisionnait chez un fermier qui irriguait ses terres par des eaux polluées par des matières fécales et autres déchets. La ferme en question était entourée par des bidonvilles qui ne sont pas raccordés aux réseaux d'assainissement», affirme un technicien au service d'hygiène à Casablanca.
L'absence des moyens d'assainissement adéquats a des conséquences disproportionnées sur la santé, notamment des enfants. Selon les statistiques de l'OMS (Organisation mondiale de santé), chaque année, 1,9 million d'enfants de moins de cinq ans meurent de maladies diarrhéiques dans les pays les plus pauvres, soit plus de 5.000 décès par jour. Dans près de 90% des cas (1,6 million de décès), le manque de moyens d'assainissement adéquats est en cause. Cette situation a poussé l'ONU a déclaré 2008 comme étant l'année internationale de l'assainissement. «J'engage la communauté internationale, les États et la société civile à défendre la cause de l'assainissement avec une énergie renouvelée.
Faisons en sorte que cette année soit un succès mondial, un succès qui se traduit par des changements réels et positifs pour les milliards de personnes qui ne jouissent pas encore de cet élément fondamental du progrès humain qu'est l'assainissement», avait déclaré Ban Ki-moon, secrétaire général de l'ONU.
Malheureusement, cet appel n'a pas eu d'écho chez les responsables dans les Conseils des villes marocaines. Aucun projet n'a pour le moment été réalisé notamment dans les grandes villes. Quelques mois auparavant, le Conseil de la ville de Casablanca avait lancé un appel d'offres ouvert au public concernant la construction de toilettes publiques dans 40 emplacements. L'ouverture des plis avait été fixée pour le mois de mars dernier. Depuis, on n'entend plus parler de ce projet qui, rappelons-le, avait été voté par le Conseil de la ville lors de la session d'octobre 2005. Les investissements dans le domaine de l'assainissement constituent un élément-clé de l'amélioration des conditions de vie tant en milieu urbain que rural et de la réduction des coûts futurs liés à la pollution, à la qualité insuffisante de l'eau et à la gestion des déchets. C'est en prenant maintenant les mesures de planification nécessaires pour relever ces grands défis pour l'environnement que l'on aura la meilleure chance d'offrir aux citoyens des espaces de vie agréables.
«Les responsables doivent ouvrir la voie aux investissements privés. Les toilettes publiques deviendraient alors génératrices de gains et des centaines de postes de travail seront créés. Il faut savoir que sans des toilettes publiques, un développement durable est difficile à réaliser», affirme un militant associatif. Les personnes qui n'ont pas accès à des toilettes publiques se retrouvent dans l'obligation de ‘'faire leurs besoins'' dans les rues et les artères des villes.
D'autres se tournent vers les toilettes des cafés qui sont souvent très mal entretenues. La situation est encore plus délicate pour les femmes. En attendant la construction des toilettes publiques, les besoins naturels des gens vont continuer à se faire….dans la nature et en public.
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Un monde à plusieurs vitesses
Environ 40% de la population mondiale vivent sans toilettes et les conséquences sont inéluctables. Cette situation a bien évidemment des conséquences. Des milliers de victimes sont à déplorer annuellement. Alors que des milliards de personnes n'ont pas de latrines, les environnementalistes dans les pays industrialisés appellent à la généralisation des ‘'toilettes sèches''. La toilette sèche, toilette à litière ou encore toilette à litière biomaîtrisée (TLB) est un système de toilette n'utilisant pas d'eau. Il consiste à mélanger aux matières organiques (selles et urine) des déchets végétaux secs (copeaux, sciure de bois, paille, foin, chanvre en paillettes ou encore feuilles mortes...) de façon à obtenir un équilibre carbone-azote dans le mélange.
La promotion des ‘'toilettes sèches'' tourne autour de deux idées-forces: la pollution générée par les WC et le gaspillage de l'eau potable dans les chasses. Les premiers concepteurs de ce système ont voulu trouver un moyen pour recycler les excréments. L'alternative à ce non-sens est le compostage direct des déjections humaines grâce aux ‘'toilettes sèches''. Le compostage évite de polluer l'eau et produit un amendement organique fertilisant. La mise en oeuvre de ce système offre peu de difficultés en zones rurales et dans les quartiers périurbains.
Par Mohamed Badrane | LE MATIN