Les agressions et les vols sont devenus monnaie courante à la métropole
Publié le : 11.09.2008 | 15h25
Qu'est-ce qui pousse un jeune dans la trentaine de voler, tuer et regagner la prison qu'il vient de quitter la veille ? Certes, multiples seront les causes et les interprétations d'un tel fait.
Mais le plus regrettable et assurément triste, c'est qu'un innocent citoyen en était la victime. Un médecin sexagénaire, parlant au téléphone lorsqu'un agresseur lui arrache le portable, et lui assène un coup de couteau dans la poitrine, sans doute pour mettre fin à toute résistance ou poursuite de la part de la victime.
Le crime s'est passé mardi après midi, exactement à 15h au Bd Mohammed V. Le défunt rentrait à son domicile au quartier Belvédère. Il est décédé avant d'arriver à l'hôpital où le transportait une ambulance. La blessure était si profonde, qu'elle nécessitait peut-être une intervention plus rapide.
La police judiciaire s'est déplacée sur les lieux. Elle a sur le champ participé à la poursuite de l'agresseur déjà entreprise par une patrouille sur moto et des membres de la sûreté nationale. Fuyant les témoins du fait, le criminel a dû se réfugier dans un immeuble. Il a été finalement arrêté sur la terrasse du bâtiment avec dans la poche le portable volé et l'arme du crime. Des pièces à conviction qui lui vaudront un retour en prison qu'il n'avait quittée que la veille après une incarcération de trois ans.
Le crime commis contre ce médecin n'est qu'un parmi tant d'autres qu'on voit ou dont on entend toujours parler à Casablanca.
Délinquance, agressions, vol à l'arraché, bagarres provoquées, vols de voitures… les Casablancais et visiteurs de la ville «malchanceux», sont souvent victimes des criminels. La montée de cette petite délinquance a provoqué un sentiment d'insécurité chez les citoyens.
Selon une grande partie de la population casablancaise, le vol de voitures, de portables ou de sacs à main sous la menace d'armes blanches est devenu monnaie courante. Pis, la moindre résistance au voleur risque de mal tourner. Le nombre de plaintes pour vol à l'arraché, vols de voitures … est en progression constante. Et leur multiplication ne constitue que la partie visible de l'iceberg.
Khadija une femme rencontrée sur le même Bd Mohammed V, n'a cessé de se plaindre de cette situation d'insécurité «On ne peut plus se balader à Casablanca sans être très vigilant. Le plus alarmant est que tout le monde commence à trouver la chose normale.» Un avis que partage Soufiane un jeune de 19 ans habitant le centre ville : «à chaque fois que je veux sortir, ma mère m'inonde avec une série de recommandations. Fais attention à ton portefeuille, ne sort pas sur ton portable même s'il sonne…». Ali, un habitant du quartier Walfa qui prend quotidiennement le bus au Bd Hassan II, a accepté volontiers de raconter une anecdote dont il a était témoin: «La semaine dernière, j'ai assisté à un vol, assez particulier.
Dans une action dite de «solidarité», un jeune sur une moto, qui circule entre les véhicules et aborde certaines personnes pour leur proposer de les emmener et les déplacer quelque part, pour les aider. Un pauvre garçon a accepté la proposition ; un instant plus tard, on a entendu des cris. C'étaient ceux du jeune garçon, le chauffeur de la moto lui a volé son portable et son portefeuille». Les histoires de vol sont nombreuses à la métropole et les agressions contre les biens et les personnes sont devenues monnaie courante. Il est à rappeler que la préfecture de police a annoncé au mois de mai dernier une régression du taux de criminalité.
Selon la préfecture, les mois de janvier, février, mars et avril 2008 ont connu un recul assez significatif de la délinquance avec 896 affaires de moins par rapport à la même période de l'année précédente.
Par ailleurs, les responsables de la sécurité à la métropole avaient présenté une stratégie dont le seul objectif est d'assurer plus de sécurité pour les citoyens et de créer une atmosphère paisible au sein de la métropole tout en définissant les priorités de la police et en privilégiant les tâches de proximité. Cependant, les habitants de la ville attestent d'un autre constat.
«Comment peut-on dire que la sécurité s'améliore à Casablanca? Les voleurs sont devenus de plus en plus nombreux et audacieux. Ils agressent les citoyens et les touristes en plein jour avec leurs sabres», nous confie une jeune habitante de la cité blanche. En effet, pour beaucoup de Casablancais, les efforts fournis jusqu'à présent au niveau de la sécurité, demeurent insuffisants.
* Journaliste stagiaire
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Responsabilité partagée
Le problème de la sécurité ne dépend pas seulement de la police.
Ce volet est lié à d'autres organismes tels que le ministère de la Justice et tous les départements qui en dépendent. Par ailleurs, le niveau de la sécurité urbaine n'est pas lié non plus au nombre de policiers, de juges ou de détenus. Selon le rapport d'une conférence internationale sur la sécurité, les drogues et les préventions en milieu urbain, on a constaté que c'est dans les Etats qui utilisent le plus la prison que l'on trouve les taux de criminalité les plus élevés.
La prévention apparaît donc de plus en plus nécessaire, même si en l'absence de statistiques, elle s'avère incertaine et inefficace.
Par Sanae Taleb* | LE MATIN